« 4 février 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 43-44], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4559, page consultée le 06 mai 2026.
4 février [1848], vendredi matin, 9 h.
Bonjour, mon petit homme, bonjour, vous, bonjour, toi, comment que ça va ce matin ?
Avez-vous bien polké cette nuit ? Je vous ai vu de loin avec Chose1 mais je n’ai pas pu vous rejoindre emportée
que j’étais par la redowa2.
J’espérais vous retrouver ce matin à la maison dorée mais inutilement et nous avons
mangéa les huîtres et
SABLÉ LE CHAMPAGNE sans vous. Voime, voime, fort
spirituel mais je vous arracherai les yeux s’il y a un seul mot de vrai dans tout
ça.
Mon humeur folâtre ne va pas plus loin que ce papier ; du reste je suis horriblement
jalouse et encore plus féroce. Donc vous n’avez qu’à vous bien tenir.
Cher
adoré, tu as bien fait de te coucher de bonne heure, si tu t’es
couché, tu ferais toujours bien de ne pas travailler aussi avant dans la nuit
dans l’intérêt de tes pauvres yeux adorés et de ta chère santé. Aussi, loin d’insister
pour te retenir, je te vois partir avec une sorte de joie en pensant que tu vas te
reposer. Ne prends pas en mauvaise part ni en dérision ce que je te dis-là car c’est
du bel et bon amour, le meilleur et le plus généreux que j’aie en mon cœur. C’est
ainsi que je veux que tu le comprennes ou bien je me mettrai en travers la porte et
je
te forcerai à me lire tout le reste de Jean Tréjean3 d’une seule haleine et à passer toutes les
nuits en conversation…… criminelles avec moi. C’est que j’en suis fort capable vous
le
savez bien. Taisez-vous et dormez.
Juliette
1 À élucider.
2 Valse à trois temps. (Littré)
3 Premier titre donné au manuscrit des Misères, futurs Misérables.
a « nous avons manger ».
« 4 février 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 45-46], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4559, page consultée le 06 mai 2026.
4 février [1848], vendredi après-midi, 1 h.
Les trente six infortunes de Pierrot1 ne sont rien à côté de mes tribulations domestiques et de
domestique. Depuis hier je suis en proie aux allées et venues d’un affreux crétin
ivre
déguisé en plombier soûla. Enfin le
voilà parti pour ne plus revenir je l’espère. Mais à ce charmant personnage succède
ma
stupide Suzanne qui ne sait que
s’ [ingénier ?] pour me faire enrager et pour ruiner la maison. Depuis
ce matin je suis comme un rat empoisonné et j’enverrais de bon cœur la maison au
diable avec tout ce qu’elle contient maintenant que je me suis soulagée la conscience
en te racontant mes MALHEURS. Je reprends mon aplomb et je reviens à mon idée fixe
qui
est de vous aimer comme un chien. Cette occupation me plaît et je n’en veux pas
changer contre n’importe quoi. C’est une vocation que j’ai comme cela et que rien
ne
peut empêcher. Vous me tromperiez que je vous tuerais et que je vous aimerais
toujours. Tu cesserais de m’aimer que je mourraisb mais que je t’aimerais jusqu’à mon dernier soupir. Voilà on
n’est pas maître de ça.
Comme je voudrais être avec toi sur un petit chemin sans
pierres ou avec des pierres dans ce moment-ci avec trois ou quatre mois de
VELOURSc devant nous. Comme je me
ficherais du reste et de tout le monde et comme je serais la plus heureuse des Juju,
quel bonheur !!! Malheureusement je suis toute seule dans mon coin et je n’ai pour
perspective que le mur de mon jardin ce qui n’est pas très drôle. Mais je t’adore
et
je t’espère, cela me suffit.
Juliette
1 Juliette Drouet paraphrase ici approximativement le titre d’une pantomime de Deburau, Les Vingt-six infortunes de Pierrot, créée sur la scène du Théâtre des Funambules en 1833.
a « sou ».
b « je mourerais ».
c « VELOUR ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
